30 Jan 2022
17h00
Stylus Luxurians

Créer le mouvement. A un premier geste, un premier sens, une première direction, on oppose, on contrarie. Une énergie bifur­quée, non linéaire, imprévisible, irrégu­lière. Baroque. Après les structures presque logiques, les canons et les fugues, les variations ordonnées et exhaustives de ses maîtres, Matthias Weckmann trace son chemin au gré des ruptures esthé­tiques, des propositions novatrices et des évènements qui marquent son époque.

Musique des temps troublés, musique fantas­tique, étrange. Musique des guerres de religions, de trente ans et plus. Mu­sique du conflit. Entre le beau et le laid, la mesure et la démesure, la raison et la fo­lie. Weckmann fait pour défaire. Les gestes sont exa­cerbés. Le Stylus Luxurians est reconnu alors pour user d’un grand nombre de disso­nances, de „figures“ propres à émou­voir et qui „s’accordent autant qu’il est pos­sible avec le texte“. Les courants religi­eux, réformés ou non, tentent de séduire leur auditoire par des chants moins céles­tes et abstraits mais plus incarnés, pour ne pas dire charnels. Une vibration qui doit éveiller les émotions des fidèles. Une rhétorique sensuelle qui ne symbolise plus le divin mais s’adresse désormais aux senti­ments de l’être humain. Traduire et pro­voquer avec les sons l’amour mystique entre l’âme et Dieu. Weckmann se saisit dans son oeuvre de cet art déclamatoire, de ce „madrigal sans parole“ comme dit Gi­rolamo Frescobaldi, et dépeint les pas­sions de l’âme, ses absurdes, ses contradic­tions.